Modifié le 15-05-2012 à 20h52
Par Philippe Moreau Chevrolet
Profession Communicant
"LE PLUS. Jean-Marc Ayrault vient d'être nommé Premier ministre par
François Hollande. Philippe Moreau-Chevrolet l'a rencontré pour la
première fois il y a 24 ans. Il décrypte ce choix qu'a fait le nouveau
président de la République, de nommer à la tête du gouvernement un homme
qui lui ressemble.
J'ai rencontré Jean-Marc Ayrault pour la première fois en 1988.
François Mitterrand venait d'être réélu, sur fond de division de la
droite, et je faisais un stage dans un journal local, "L'Eclair de
Nantes". Mon premier stage de presse. J'avais quinze ans. Ayrault était
député depuis deux ans et s'apprêtait, l'année suivante, à être élu
maire de Nantes.
Il était invité pour commenter la victoire, dans les studios de
"France Bleu". Et nous étions là , avec mon rédacteur-en-chef, à regarder
derrière la vitre.
Ayrault, stoïque et tranquille
Ayrault était opposé à une "étoile montante" du RPR, la députée Elisabeth Hubert, qui fit partie bien des années plus tard des "juppettes" - ces femmes ministres nommées par Alain Juppé en 1995,
puis révoquées en bloc six mois plus tard. Comme en 2012, on sentait
de la colère chez les militants RPR et Elisabeth Hubert était
visiblement furieuse.
Ce qui était frappant ce jour-là , c'est que toute cette fureur s'est
heurtée... à un mur. À une force tranquille. À un style profondément
mitterrandien. Un style qui en imposait. Sans artifice, sans
excès, sans pathos, jusqu'à l'austérité.
Jeune député, alors âgé de 38 ans, Ayrault copiait les attitudes de
Mitterrand, sa façon de se tenir, de parler, de regarder. Il en avait,
et en conserve aujourd'hui, l'autorité naturelle. Mais sans en
posséder ni le lyrisme ni la sensualité. En un mot, sans en posséder
la séduction. Ayrault, c'était, et c'est toujours aujourd'hui, à 62
ans, une forme d'austérité souveraine.